( 6 mars, 2011 )

« C’est en écrivant qu’on devient écriveron »

Raymond Queneau

( 6 mars, 2011 )

pourquoi ce blog?

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Après tant de luttes, vautour,

Passe le temps,  jour après jour,

La solitude broie le cœur

Dans le noir défilent mes peurs

Amour des autres, haines de soi,

Ces mots, qu’en ferais-je ma foi ?

Cris, récits, romans ou poèmes

Qu’à travers eux un peu on m’aime

La vie est une comédie

Savent-ils au fond qui je suis ?

Le crier à la face du monde

Que ma détermination sonde

Si je dois être triste encore

Qu’au moins mes écrits elle colore

Que vous vous y reconnaissiez

Fragiles, sincères, comme il sied

A de vrais êtres humains sans masques

Contre la vie dure, pas de casque

Mais un rire grinçant et noir

Attrapez ces mots pleins d’espoir

Ceux d’un poète du dimanche

Qui en remplit sa page blanche

Quand vos yeux inconnus les suivent

Ils m’ échappent, se mettent à vivre…

( 10 mars, 2011 )

plaidoirie de l’ornithorynque

Consigne : choisir un animal. Un couple de cet animal cherche à en faire entrer un troisième dans l’arche de Noé.

                Plaidoirie de l’ornithorynque

« Bonjour, M’sieur Noé. Alors, d’abord, merci de nous avoir sélectionnés, moi et Madame, on vous en est reconnaissants, vraiment, pas question de revenir là-dessus. D’ailleurs, notre premier petit, il portera votre nom, si, si, j’insiste… 

Ce que je veux ? Ben, vous présenter mon vieux pote Alphonse. Voilà, alors je me suis dit : entre nous, on lui trouvera bien une petite place, on n’est pas grands, nous autres… oui, je sais bien, on avait dit deux pas plus, mais avouez qu’un animal comme nous, c’est pas courant ; les autres sont d’un banal : ovipares ou mammifères, nous on est les deux ! Oui, je comprends bien, ça vous ennuie par rapport aux autres. Mais avec son bec de canard, Alphonse, il peut passer pour un oiseau, ou bien, s’il le cache, pour une loutre et puis, tenez, encore mieux : si on se relaie, lui et moi, un dedans et un qui nage, les autres n’y verront que du feu ! Non…

Alors là, vous me gênez, Monsieur Noé, car il y a encore une raison que vous m’obligez à révéler. Approchez-vous un peu, je ne veux pas crier. Je suis impuissant, voilà. Oui, j’avoue, j’ai menti aux tests de sélection. Ben oui, on fonctionne comme ça, nous trois, on est modernes. Bibiche et moi, on s’aime, mais pour la bagatelle, et parce qu’on veut bien des petits, j’appelle toujours mn pote Alphonse. On peut compter sur lui, toujours  prêt ! En somme, moi, je suis la tête et lui les c…

Ah, vous avez le même problème, Monsieur Noé. Ben oui, l’âge… Mais vous comptez sur vos enfants pour repeupler la Terre, pensez que ceux des autres, ils vont crever ! Entre nous, fonder une civilisation sur l’inceste, c’est pas très moral, pour les animaux, passe encore, mais pour vous, la race supérieure… et vous dites que le Créateur vous a promis une place dans le livre saint… si vous le dites… allez, donnant-donnant, je ne dis rien au autres pour ne pas les inciter à la révolte et vous fermez les yeux sur Alphonse.

Allez, viens, mon pote, on te trouver un coin au sec… »

( 6 mars, 2011 )

« La loi des probabilités explique le monde » ou réflexions d’un prof de maths

« La loi des probabilités explique le monde », c’est ce que je disais toujours à ma femme, quand elle avait des revendications : que j’essuie la vaisselle, que je pense à son anniversaire, que je nourrisse le chat… je lui répondais, statistiques à l’appui, qu’étant un homme, j’accomplissais 20% des tâches ménagères, que mes neurones génétiquement étaient moins programmés pour les dates sentimentales mais plus pour le rationnel et que mes cellules de mâle préhistorique me poussaient à chasser la bête et non à la nourrir… Il y a un an, elle m’a préparé mes valises et m’a demandé expressément d’aller exercer ailleurs mes talents de statisticien.

Me retrouvant célibataire, comme   7  % de mes contemporains et sans enfant, me voilà donc inscrit à un voyage organisé (que j’ai payé 30% plus cher, chambre individuelle oblige), histoire de retrouver l’ambiance western qui m’a toujours fasciné, ma vidéothèque comprenant bien 55 films de ce genre.

Dès l’arrivée à l’aéroport, j’ai été déçu : je prévoyais que la moyenne d’âge tournerait à 45 ans, qu’il y aurait 40% de femmes sur le groupe, or me voilà en compagnie de deux vieilles chouettes et d’une adolescente attardée.  Trois hommes du groupe ont fraternisé aussitôt mais je les ai jugés peu dignes d’intérêt : leurs plaisanteries ne me font pas rire et ils ont baillé et levé les yeux au ciel peu discrètement quand j’ai évoqué les probabilités que l’avion se crashe ou que le bus ait un accident. Quant au dernier, un certain Henri, il passe son temps à adresser la parole à tout ce qui porte jupon et au cours du voyage, malgré son usage très approximatif de l’anglais, sa technique d’abord de la gent féminine connaîtra 34% de succès. C’est vrai que le langage non verbal est estimé par les spécialistes à 80% de la communication.

Nous voilà donc dix dans le mini-bus, moi-même et guide y compris. C’est le sixième jour du circuit et nous devons visiter la vallée de la mort. Pendant que nous roulons vers le site, le guide en fait une présentation, trop succinte à mon goût. Quand je lui demande des chiffres précis, il bafouille et me tend son livre de géographie. J’entends la vieille Aglaé grogner dans mon dos « nous fatigue, celui-là, avec ses chiffres » et sa complice l’antique Marie-Louise rétorquer « c’est un prof de maths, normal qu’il soit ennuyeux », ce qui fait bien rire la jeune Maria, assise en face d’elles. Elle ressemble aux lycéennes à qui j’enseigne, et qui trouvent malin de se coiffer ou de se remaquiller plus ou moins discrètement pendant ma brillante démonstration du théorème de Pythagore au tableau. Tout ce qui les intéresse, ces jeunes ignares, c’est que je leur calcule la probabilité de gagner au loto…

Bref, j’étais en train de calculer pour me distraire le coefficient de réfraction des rayons solaires à l’intérieur du grand canyon quand j’ai entendu des chuchotements dans le bus mais je n’y ai pas pris garde, car depuis le début du voyage, j’ai remarqué que j’étais systématiquement et sans raison valable exclu de tous les phénomènes de groupes.  A notre arrivée, le guide nous distribue des bouteilles d’eau et nous recommande de rester groupés. Il évoque la chaleur de 40° de ce mois de juillet, qui selon lui peut entraîner la déshydratation au bout de deux heures, je l’interromps pour signifier que, selon mes calculs, ce serait plutôt 52 minutes, étant donné un pourcentage d’eau de 60% dans la masse corporelle. J’entends « Fais ch… » et le groupe s’éloigne de moi, si bien que je me retrouve rapidement isolé, à palper le minerai en me demandant quel doit en être le degré d’érosion dans un lieu si sec ; il me reste 42% de place dans la mémoire de mon appareil photo. Il me faut quelques minutes avant de constater que la bouteille qu’on m’a remise comporte un trou. J’ai déjà perdu 60% du précieux liquide. Les autres membres du groupe ont disparu. Je force l’allure, je suis trempé de sueur et conscient que le stress augmente de 20% au moins la sudation, donc le processus de déshydratation. Où sont-ils passés ? L’évaporation de la sueur embrume mes lunettes, il me semble être sorti du parcours. Je vide mes réserves d’eau d’un trait.

Je m’assieds et tâche de rester le plus immobile possible. C’est alors que je me rappelle une plaisanterie du guide, au dîner de la veille. Il disait en somme : « De toutes façons, c’est comme pour les sorties scolaires, on a droit à un pourcentage de pertes. »

Mais de combien est-il au juste, ce pourcentage ?

( 6 mars, 2011 )

c’était un soir…

C’était un soir, messieurs, mesdames,

Où la télé était en panne

Dans la maison de retraite

C’est vraiment trop bête

Justement, y’avait Derrick, ça sert,

C’est le meilleur des somnifères

Du coup, Louis et Eugénie angoissent

Comment occuper la masse

Des petits vieux, un scrabble, peut-être ?

Mais ils ont plus toute leur tête !

L’infirmière de garde galère,

Propose un bridge, un strip pocker

Sans succès, voilà l’Auguste qui radote

Et la Maria qui joue la chochotte ;

-          M’ame, y m’a piqué mon dentier !

-          pas vrai, menteuse ! réplique le pépé

Ca râle et ça chouine, ça chahute

Et des mots fusent, plus gros que zut !

La tension monte d’un cran

Que faire de ces vieux enfants ?

Le cuisinier a une idée :

Il va raconter un conte de fées.

Autour de lui se rassemblent chaises et déambulateurs

Et on ouvre grand ses oreilles et son cœur

On se pousse du coude et on fait « chut ! »

Et il commence, raconte de mots simples la lutte

Du gentil et du méchant, de la haine et de l’amour

Et tout le monde écoute, même les demi-sourds

Et naissent des sourires

Et reviennent les souvenirs

Ils sont bien, détendus,

Dans l’enfance revenus

Voilà qu’ils se sont endormis

Va falloir les porter dans leurs lits

 

( 6 mars, 2011 )

Marylin à Minnie

Chère Minnie,

 

            En tant que star formée comme vous dans les grands studios hollywoodiens, je me permets de vous écrire afin de vous donner quelques conseils.

D’abord vestimentaires : qu’est-ce que c’est que cette éternelle robe à pois ? D’abord, les pois, c’est vulgaire, ensuite, une vraie star ne porte pas deux fois de suite la même robe. Et ce chapeau à fleurs… Bien sûr, vous voulez faire populaire, mais le peuple attend du rêve, des paillettes… pas qu’on lui montre sa grand-mère au marché !

Ensuite, ce qui me déplaît encore plus : cet éternel sourire niais qu’on voit sur toutes vos photos. Vous êtes heureuse, dites-vous ? Bon. Mais sachez qu’un air mystérieux et boudeur attire beaucoup plus les hommes. Une femme un peu dépressive a un charme certain…pas quelqu’un qui pleure à torrents, comme vous dans certains de vos films, non ! Mais une femme lointaine, oui, sensuellement lointaine, attire tous les regards.

Enfin, sachez que le public attend de nous des anecdotes, des caprices de stars, de la vie… Et vous qui vivez avec le même compagnon depuis le début ! Vous semblez lisse : aucune enfance difficile, aucun échec sentimental… c’est d’un ennui ! Alors un conseil : commencez une psychothérapie, je vous donnerai des adresses. Et avant tout, teignez-vous en blonde, vous verrez, ça change tout.

Bien à vous,

 

Marylin Monroe

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